Serpente : Interview de Margot Ferrera, la metteuse en scène de la légende de Melusine

@Margot Ferrera

@Margot Ferrera

J’ai rencontré Margot Ferrera lors de la première de sa pièce, Serpente, le 15 avril dernier.
A quelques minutes de la représentation, le visage de cette jeune metteuse en scène de seulement 22 ans mêlait large sourire et appréhension derrière de grands yeux pétillants.
Quelques semaines après le lancement de Serpente, Margot a accepté de répondre aux questions de MissaParis. 

MissaParis : Tu as créé ta propre compagnie à seulement 20 ans. Comment en as-tu eu l’idée ?
Margot : J’ai décidé de fonder la Compagnie des Petites Bêtes fin 2013, avec des copines de fac [sa soeur Pauline, également comédienne de la pièce, en fait partie]. Le but était de concrétiser la première forme de Serpente née d’un atelier d’écriture, basé sur le mythe. Ça s’est fait comme ça, pour avoir les mêmes droits que d’autres compagnies, pouvoir jouer dans une vraie salle. C’était mon objectif, inconsciemment, depuis le début.

MissaParis : Pourquoi avoir choisi de mettre en scène la légende de Mélusine ?
Margot : Lorsque j’étais enfant, on s’arrêtait souvent près de Lusignan – là où Mélusine aurait construit sa forteresse – sur le chemin du retour des vacances. Un jour, ma grand-mère m’y a emmenée faire une ballade dans une clairière et m’a racontée l’histoire de Mélusine, avec ses mots. L’histoire d’une jeune femme surgie de nulle part, volant au secours d’un prince, dont le corps mi femme-mi serpent est invisible à l’œil humain une fois par semaine. Ça ne m’a pas quittée.
Plus tard, lors de mon travail d’écriture, j’ai redécouvert tout ce dont elle m’avait parlé, avec plus de profondeur. Mélusine est née d’une union passionnelle et destructrice, entre un roi veuf fou d’amour et une jeune sauvageonne exigeante, à tel point qu’à la première erreur de son amant, elle s’enfuit avec Mélusine et ses deux sœurs, sur une île abandonnée. De là, une construction intime difficile, faite de désir frustré et de rancœur, qui généra la fameuse malédiction de la queue de serpent, jetée par sa mère. La fuite, puis l’errance, et enfin, la rencontre avec Raymondin, son époux qu’elle protégera, et dont elle aura une tripotée d’enfants-guerriers.

MissaParis : Comment as-tu abordé cette légende ?
Margot : J’ai écrit toute la pièce dans un élan naturel et poétique. Puis j’ai décidé de donner une alternative à la fin malheureuse de la légende : après le départ de Mélusine suite à la découverte de son secret, deux de ses enfants se lancent sur ses traces. Sans donner de happy end ou de leçon de morale sur la communication et la confiance, mais plutôt en se faisant violence et en se posant de vraies questions de vie. L’idée a été de replacer cette légende fondatrice avec des interrogations d’aujourd’hui, et pas une bête transposition d’une légende ancienne.
Les acteurs sont venus naturellement aux rôles, et ont beaucoup influencé mon travail d’écriture; j’ai insufflé leur voix dans celle des personnages. Pour les « nouveaux » arrivants de la compagnie, j’ai immédiatement eu le feeling : dès le début, j’ai su que Lauriane Chiapino (Mélusine), Anthony Levkaovitch (Geoffroy) et Sabrina Sidekki (la vieille Présine) seraient idéaux pour les rôles, c’était un truc épidermique.

MissaParis : Quelles ont été les difficultés rencontrées pour monter le projet ?
Margot : Justement au sujet d’un des acteurs : j’ai fait une erreur de jugement pour le premier Raymondin. Avec la gestion de la pièce en général, des emplois du temps de chacun, ça a été le gros coup dur du projet : se rendre compte que l’acteur sur qui je projetais un max de choses n’avait pas les épaules pour me suivre. J’y ai gagné au change : Lionel Correcher est un merveilleux roi sensible. Je dirais que le côté humain est le plus gros travail dans ce projet, magnifique mais très lourd émotionnellement.

MissaParis : Un projet comme celui-là, ça se prépare depuis combien de temps ?
Margot : Depuis exactement 16 mois. Ça occupe l’esprit parfois des journées entières, de l’écriture à la création d’association, en passant par la logistique et la direction d’acteurs (3 heures chaque semaine, depuis octobre). Parfois, il y a des semaines de vides, pour les acteurs et pour moi, afin de se reposer de ce projet, et de gérer les autres – ils sont tous en conservatoire, école, ou en intermittence.  Et ça se construit encore !

MissaParis : J’ai été surprise par certains anachronismes, que je ne trouvais pas toujours cohérents. Pourquoi as-tu fait ce choix ?
Margot : J’ai choisi délibérément de rapprocher deux périodes temporelles assez éloignées : un Moyen-Âge fantasmé, brumeux, sans codes marqués (le monde de l’enfance et de l’adolescence), et un présent plus actuel, à la fois dans les costumes, la musique et dans le langage. J’ai voulu une mise en scène simple, fraîche, et poétique dans les deux univers, très poreux l’un par rapport à l’autre. Ça passe par des grossièretés, des anachronismes musicaux, des Converses aux pieds d’une princesse par exemple… Le travail de Sofia Coppola me touche et m’a inspiré, et j’aime son mélange des influences et des époques. J’ai voulu conserver une spontanéité dans tous les aspects de mon travail, alors j’ai conscience de certains raccourcis, mais j’ai voulu la pièce ainsi. Avec ses imperfections, et ce que j’ai vraiment envie d’exprimer,  et de mettre sur le plateau.

MissaParis : Je t’ai vu assez stressée avant la première, mais assez soulagée et heureuse après la représentation. J’en déduis que tu en étais satisfaite ?
Margot : Oui, très ! J’étais heureuse car les acteurs étaient au top, tout était fluide, j’ai eu des retours hyper chouettes, tout le monde a suivi les aventures de Mélusine avec plaisir. Le seul point sur lequel j’étais déçue a été la gestion de la régie – assez laborieuse, malheureusement, et que je ne pouvais pas maîtriser. Et bien sûr, ma propre gestion du stress : j’étais tellement émue que j’ai oublié de présenter les acteurs à la fin, et de remercier les deux scénographes,Julie Rodrigues-Thuriot et Zoé Marius-Rocq, ainsi que Sophie Hartog, pour son travail de création musicale. Elles ont été exceptionnelles.

MissaParis : Justement, as tu procédé à des changements pour les prochaines représentations ?
Margot : J’assure désormais la régie du spectacle, et j’adore cette nouvelle casquette ! Les prochaines représentations seront beaucoup plus pointues à ce niveau-là. A part quelques ajustements de rythme, la pièce reste la même, et évoluera seulement en fonction des énergies  de chaque représentation.

MissaParis : Après Serpente, quels sont tes prochains projets ?
Margot : Dans un futur plus ou moins proche, j’aimerais aborder le versant « croisades » de la légende, avec un spectacle centré sur les garçons Lusignan, les chevaliers, avec de la danse,  des chevaux – oui, Monsieur Bartabas pourrait être un partenaire magique, rêvons un peu ! J’aimerais aussi travailler sur les œuvres de Colette, que j’aime depuis l’enfance et m’a donné envie d’écrire : un seul en scène basé sur son livre La Vagabonde serait hyper chouette à travailler !
Je rêve aussi d’adapter le Cœur Cousu de Carole Martinez au théâtre. Un rêve d’adolescence. Mais ça, c’est après le master – j’ai besoin de revenir à un peu d’études solitaires et monastiques !

MissaParis : Pour finir, as-tu un bon plan parisien à nous conseiller?
Margot : L’un de mes premiers coups de cœur parisiens, le café l’Imprévu, rue Quincampoix, juste à côté de Beaubourg. C’est intime, arty, très chaleureux, on y consomme de super cocktails et des thés originaux. Pas une chaise n’est pareille. Si vous arrivez tôt, vous pourrez vous installer dans le salon oriental, au fond. La touche « cute »: le petit jack russel qui se promène et vient renifler votre chocolat chaud, et parfois se blottir à vos pieds.

La prochaine (et dernière) représentation de Serpente aura lieu au Théâtre Jean Marais au Centre Culturel du Forum, place François Truffaut à Saint Gratien (95).
Pour l’occasion, la Compagnie des Petites Bêtes s’unit à l’Association Retina France, qui approfondit la recherche sur les maladies de la vue. Les gains seront tous reversés à cette Association.
Cliquez-ici pour plus d’infos.
Tarifs : 10 euros adultes, 5 euros enfants.
Pour réserver : resapetitesbetes@gmail.com

Allez applaudir cette jeune troupe et dynamique ! Mention spéciale aux deux acteurs principaux Lauriane Chiapino (dont le même le chuchotement est d’une limpidité extraordinaire et les danses un jeu plein d’émotions) et Lionel Correcher, dont l’apparition commune dans un noir complet et audacieux est l’une des scènes les plus remarquables de cette pièce !

A lire également mon article écrit pour le site www.laviedhippolyte.fr : cliquez-ici.

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