Ami Karim ou le slameur qui voulait être aussi cool que Bob Marley

J’ai déjà croisé Karim Zaïdi à plusieurs reprises, mais ce soir j’ai rendez-vous avec Ami Karim. Après avoir « brainstormé avec [lui]-même », il propose de nous retrouver à l’Entrepôt, le centre culturel du 14ème, où il venait souvent voir des films ou boire un verre. Il était alors en Terminale Littéraire option cinéma. Lorsque que j’arrive, il est déjà là, au comptoir, accoudé devant un café sans sucre, car depuis qu’il fait du sport, il fait attention. Il porte un blouson de cuir beige, la barbe de trois jours et affiche un grand sourire.
Nous trouvons un coin plus calme et nous asseyons sur des poufs colorés.

MissaParis : Peux-tu nous parler un peu de ta rencontre avec le slam ?
Ami Karim : C’était en bas de chez moi à Saint-Denis, dans un café dans lequel des gens lisaient leurs textes. Je trouvais ça naze à mourir. Nada, qui était l’organisateur, m’a demandé d’écrire un texte pour expliquer mon avis. J’ai pris ça comme un défi. En lisant mon texte devant la quinzaine de personnes présentes, j’ai ressenti une émotion incroyable… [Il cherche ses mots] une sensation que je n’avais jamais ressentie auparavant. C’est cette émotion qui m’a fait recommencer, et c’est ensuite devenu un rendez-vous. Chaque mois, je devais arriver avec un texte prêt.

Son amie Héloïse[1] dit qu’Ami Karim et le slam, c’est une histoire d’amour à l’envers, il a commencé par le détester avant de l’aimer.
Karim – le serveur – prend nos commandes : un Schweppes pour lui, un Coca zéro pour moi.

MissaParis : Qu’est-ce qui différencie le slam de la poésie ?
Ami Karim : La poésie a des codes, alors que le slam non. C’est le 2.0 des cafés littéraires, c’est la parole libre, pour tout le monde. C’est une discipline qui n’a pas de règles si ce n’est que le texte doit être dit a capella, sans instrument ni accessoire et doit durer 3 minutes maximum.

MissaParis : Alors comment en es-tu venu à mettre tes textes en musique ?
Ami Karim : C’est sur une proposition de Nico Seguy que cela a pu se faire. Comme d’autres, c’est à ce moment que nous avons quitté le monde du slam. Aujourd’hui j’écris mes textes en sachant qu’il y aura de la musique dessus, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Karim – le serveur – revient avec nos canettes. On entend juste le craquement des languettes et les bulles qui s’écoulent dans nos verres.

Je lui parle d’Ode à Odile, chanson très touchante dans laquelle il parle de sa professeure de français de 4ème qui lui a donné envie d’écrire. Pour celle ci, c’est sur quelques accords de piano de Nico Seguy que se sont ensuite dessinées les paroles.
Les musiques ne sont pas de sa propre composition, mais c’est lui qui choisit les ambiances: hip hop, rock, funk, rap, musique latine… avec parfois quelques phrasés en espagnol, français, arabe et anglais (comme dans Si tu aimes, Lloras ou Bled’ba).

MissaParis : Dans ta chanson 70’s Blues, tu dis que tu « aurais tué […] pour un concert de Bob Marley » !
Ami Karim : Oui je suis nostalgique de choses que je n’ai pas connues ! C’est le problème de ma vie… Aujourd’hui on vit de la suite de découvertes qui ont été faites dans les années 70. Aujourd’hui, c’est juste mieux. Mais les gens ne sont plus émerveillés, ils sont blasés, je regrette la coolitude de Bob Marley !

Si Ami Karim est un peu « nostalgique mais pas aigri », il a trouvé un autre moyen d’arrêter le temps : par ses mots. Le texte qu’il a écrit et lu lors de la pose de la première pierre du bâtiment des Archives Nationales à Pierrefitte-sur-Seine, le 11 septembre 2009, est aujourd’hui le seul document d’un particulier conservé dans l’Armoire de Fer. Rien que ça !
Il ne fait pas les choses à moitié : depuis 2012 il fait partie de la Commission de terminologie des nouveaux mots de la langue française au Ministère de la Culture.
Il anime des ateliers d’écriture dans des écoles, favelas, hôpitaux psychiatriques, prisons, maisons de retraite en France, au Portugal, Venezuela et Québec.

C’est un fervent défenseur des mots, avec lesquels il joue en les mêlant dans tous les sens pour trouver le meilleur ton, même s’il dit qu’il met « juste des mots les uns derrière les autres ».[2]
Ami Karim un artiste particulier[3] qui « raconte des histoires pour qu’on puisse les écouter comme des chansons ». Il écrit ses textes avec une seule obsession : que sa mère et sa grand-mère puissent les lire sans en avoir honte.
C’est quelqu’un d’exigeant avec de belles valeurs (j’ai beaucoup aimé son « Je viendrai comme un Kway un jour d’orage » dans N’hésite pas, très belle chanson sur l’amitié). Il est réservé sur ses succès, même s’il laisse transparaitre un peu de fierté lorsqu’il parle de sa passion.

Avant de quitter l’Entrepôt, il me dit : « Mon truc c’est l’écriture, slameur je le serai toute ma vie ».
Parce que « tant qu’il y a du slam il y a de l’espoir »[4], les textes et chansons d’Ami Karim ont de beaux jours devant eux.
Son troisième album est en cours d’écriture (il a créé son propre label « One Way » depuis son deuxième opus) et il a plusieurs autres projets que l’on a également hâte de découvrir !

Dans l’autre salle de l’Entrepôt, une vingtaine de personnes dinent dans une ambiance un peu bruyante qui me fait sortir de ma bulle de slam dans laquelle je m’étais plongée depuis plus de deux heures.
Le serveur essuie ses verres derrière le comptoir. Il nous offre une partie de la note, parce qu’il a trouvé son homonyme très sympa.
Ami Karim est simple, accessible et généreux. Et il sait nous emmener avec lui dans ses voyages verbaux et poétiques.
« Karim est un poète, un slameur, un artiste, il aime les mots, les épithètes, il s’en amuse, il les courtise »[5].

Pour en savoir plus rendez-vous sur son site : www.amikarim.com

[1] Héloïse Guay de Bellissen, dont il a préfacé l’ouvrage Au cœur du slam : Grand Corps Malade et les nouveaux poètes.

[2] Dans la chanson Si tu aimes.

[3] Selon Julien Gaisne qui a écrit sa biographie sur son site.

[4] Dans Je t’ai croisé dans un de mes textes, duo avec Grand Corps Malade.

[5] Dans Ode à Odile.

Photos : www.amikarim.com

Photos : www.amikarim.com

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